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20th century women


Vacances, synonyme de farniente, de détente, de culture à rattraper, de films à regarder, d’albums à écouter, de livres à dévorer ; en Ardèche, dans la chaleur d’une fin d’après-midi, j’ai vu avec une amie ce long métrage que j’avais déjà répertorié, malheureusement il n’a pas été diffusé dans toutes les salles et surtout, il était en VF ce que je ne supporte pas du tout. Encore un film d’auteur, un film qui vise l’esthétique et les propos émouvant, tout ce que j’adore en réalité. Bien qu’il y ait des moments très lents, dans la contemplation des images à la manière d’un Lamb ou d’un Broken, j’ai dégusté les personnages proposés, les jeux d’acteurs, les décors, les costumes, ces années 50 à 70 que je ne connais pas ou très peu, étant née à la limite de 2000. L’émergence de ces années, où la femme s’émancipe petit à petit, comprend son rôle, comprend que l’avenir peut-être pourrait lui appartenir, où le sexe se développe, devient sujet de discussion, de théorie ; plaisir féminin, personnages féminins, on oppose trois femmes, une jeune, une adulte, une vieille, parques sublimes se battant dans la vie, proposant leur savoir, leur philosophie à un garçon.

Car le film éduque les hommes à voir les femmes comme des êtres humains doués d’esprit, d’intelligence, d’autonomie, d’indépendance plutôt que de les considérer comme des objets, des poupées. Elles aussi ont le droit au plaisir sexuel, nous ne sommes pas des saintes, seulement des femmes essayant de se libérer de ces carcans morals, judéo-chrétiens que l’on nous a imposé pendant des siècles. Une vidéo en parle d’ailleurs très bien, sur le corset, ce vêtement censé réduire la parole venimeuse des Eve tentatrice, sur cette vision de la fragilité que l’on tente toujours de nous inculquer par les clips, les magazines féminins etc… Ce film se doit d’exister car il rappelle aux femmes que nous ne sommes pas que des filles à marier, à se consacrer uniquement à enfanter, non, une femme est l’égale de l’homme, artiste, médecin, écrivain, mère, adolescente.

L’écriture cinématographique délicate présente les décors, les personnages, se focalise sur les expressions, cadrages poétiques, séquences émouvantes, la caméra alterne entre les trois princesses du film. Ici elles possèdent la parole, toutes trois ayant vécu des malheurs, l’existence terrible garce, toutes trois résilientes, toutes trois vecteurs de sagesse, de connaissance, de critique, de philosophie. Il y a la petite Elle Fanning, Julie (j’y peux rien si cette actrice est ma favorite) celle qui baise pour oublier, pour se venger. Adolescente autodestructrice, elle se refuse à l’amour, aux sentiments, on sait qu’ils peuvent être blessant, protection en étendard, cigarettes à ses lèvres poupées, elle a le discours de la sainte Madeleine, le sexe est un moyen pour elle de se détruire encore, car elle ne trouve de sens à la vie, autant continuer sur ce chemin. La mère exquise dans ses idées révolutionnaires, dans son éducation, dans son amour pour son fils, elle est femme, elle le sait, elle l’assume. Par ses paroles, par son caractère, elle transmet de la force aux spectateurs, je crois que c’est le personnage qui m’a le plus inspiré, le plus touché.

Les liens entre les caractères se lie, s’esquisse, se tisse sous l’auspice d’une tendresse, d’un échange de dialogue, de partage entre tous, ronde émotive, farandole de rire, de colère, de bagarres, d’incompréhension, on frappe à la porte pour arranger les choses, les mots violents, le passé troublant, les traumatismes (d’où viennent-ils d’ailleurs ?), le garçon, quinze années, est en pleine construction, les trois filles deviennent des exemples, des modèles. De livres féministes théoriques aux discours passionnés à une scène très drôle, très caustique, on apprend, on réfléchit, on exerce son esprit critique. Je me demande ce que ça aurait donné si on avait exploité le thème de l’avortement également… Ce film, universel, tend la main aux spectateurs par sa beauté visuelle mais aussi par ses propos, son schéma narratif, par ces dialogues au coin d’un restaurant, assis à une table ombragée où la génitrice explique enfin à son fils que son histoire d’amour avec son père n’en était pas une, simple illusion de l’amour fabriquée par la pression sociale.

C’est triste, ça prend au cœur, doucement, un rythme lent sans fioriture, les costumes colorés attirent le regard tandis que les pièces, les décors semblent usés, un peu kitsh, un environnement ciblé, travaillé. Rien n’est créé au hasard dans ce film, une vraie architecture pour permettre aux émotions, aux répliques d’impacter les veines. La grande histoire, les révolutions, les épisodes de guerres se mêlent à la petite histoire, dans cette grande maison délabrée où les jeunes et les âgés se côtoient dans l’affection, le film ne place pas un personnage sur un piédestal, ils vivent, ils survivent. 

Vagabonde.

2 commentaires:

  1. J'aurais vraiment aimé le voir mais je l'ai laissé passer, dommage, je vois que j'ai eu tort!

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